Les scènes de ménage, c'est mauvais pour tout

juillet 13, 2016 0 commentaires

Comment réussir une bonne scène de ménage ?


Attention : cet article est issu d'une coupure de presse (1998) et a été rédigé par Anne Gallé. Dans ce texte, humour et ironie sont au rendez-vous. Bonne lecture !

D'accord, une scène de ménage, c'est l'expulsion salvatrice de nos frustrations. La survie de notre Moi. Mais c'est surtout grotesque. On mine l'entourage, harcèle l'être aimé, détruit sa propre santé et son couple. Et ça ne résout rien. Avant d'actionner la sulfateuse, on devrait la faire tourner sept fois en l'air.

Il n'y a que Scarlett O' Hara pour se sublimer en bouillant comme une cocotte. Il n'y a que Rhett Butler pour s'amouracher de cette harpie échevelée. A 20 ans, on pouvait espérer attendrir en tapant rageusement du pied. Avec deux décennies de plus, enragée comme une vachette d'Interville, hélàs, on fait mégère. Même pas sauvageonne.

La vague déferlante d'injures nous dessine un rictus qui n'a rien d'enchanteur, le ton rendrait frigide un pénitencier. Les postillons sonnent le glas de la petite caille fragile. En un mot, on est moche. On fait peur, voire fuir. Et on finit, sans le vouloir, par pousser l'autre dans les bras de la première gourdasse qui passe, pourvu qu'elle soit reposante et rayonnante.

Beaucoup plus sexy : l'humour. Un "tu veux une clé de douze" quand il se dévisse la tête pour mater une blonde ou "y a pas marqué camion balai" quand on ne supporte plus de ramasser ses chaussettes peut mener à un résultat intéressant. L'astuce consiste à faire passer le message sans braquer l'autre.

Les scènes de ménage, c'est épuisant


Sur le plan cardiaque, une tragédie. Le coeur s'emballe, le souffle manque. Un phénomène de grand stress selon le docteur Schwab, psychiatre. L'organisme en sort affaibli puisqu'il n'évacue pas d'endomorphines comme lorsqu'on aplatit l'adversaire sur un court. La fréquence respiratoire s'accélère, le tout provoquant une décharge d'adrénaline défoulante, certes, mais épuisante.

Les scènes de ménage, c'est petit


Mordante mais pas folle, on ne décharge en principe ses accus que sur un être susceptible de nous pardonner. Oser traiter de "gros lourdaud" un patron qui a le pouvoir de nous éjecter de l'organigramme est plus risqué. On ne le ferait pas. Alors il faut se demander par quelle lâcheté ou perversité on préfère aiguillonner celui qu'on aime. Et qui tient à ce qu'on reste pour les mômes.

Mais bon, parfois rien n'arrête l'humeur. Dans ce cas, prévenez. "Aujourd'hui, je mords": la moindre des courtoisies quand on vit en communauté. Votre compagnon vous fichera une paix royale, quittera la pièce quand vous entrez, débarrassera avant que vous ne claquiez dans les doigts, vous laissera même le choix du film. S'il vient néanmoins vous chatouiller l'humeur, cognez, griffez, grognez, c'est qu'il vous préfère brute. Ca vous donne envie de faire l'amour ? N'hésitez pas. Notre sexualité s'accommode très bien de ces débordements de saine rage. Et c'est fou ce que ça détend.

Les scènes de ménage, c'est fluctuant


Pourquoi, selon le jour, le même incident déclenche t-il des réactions différentes ? Pourquoi aujourd'hui ai-je envie de cogner le pare-chocs de la morue qui se traîne en voiture devant la mienne ? Lyncher toute la maison, du mari au poisson rouge ? Pourquoi ces flambées d'adrénaline qui rendent hystérique ? Qu'est-ce qui disjoncte dans le cervelet pour que j'aie des pulsions dévastatrices ? Se poser la question et s'observer en pleine montée d'ébullition donne déjà du recul et fait baisser la pression. Dans l'éventail des possibilités: le confit d'oie ne passe pas, manque de sommeil, épuisement, trop de café, pleine lune, tiers provisionnel, guérilla au bureau.

Avant de débrider injustement sa mauvaise humeur sur le premier quidam qui passe dans le living-room, aller se coucher ou avaler deux Digedryl. Ou matraquer un tiers. On s'entend toujours mieux sur le dos d'un étranger. Ca ne mange pas de pain, défoule sans blesser. On se ligue contre la femme de ménage qui oublie de vider le lave-vaisselle. On ragote sur le compte de vagues copains ennuyeux, on se délecte à deux des potins du voisinage. Pas très glorieux mais défoulant, la nature humaine est ainsi faite.

Les scènes de ménage, c'est cruel


Prenons un motif de conflit assez courant. Au hasard: sa mère. Elle a passé le week-end à la maison à ranger nos placards, fumer nos clopes et noyer les géraniums. A peine a-t-elle franchi la porte qu'on a une seule envie: la débiner. On checke la liste des contrariétés. Et on attend le retour de son fils pour vider son sac, vibrer de complicité, croit-on. Sa mère l'insupporte, il devrait être de notre avis. Mauvaise pioche. Démarrez par un : "Tu connais la dernière de ta mère..." et observez comme le fils se fige. Hermétique comme un Tupperware.

C'est que les camps ne sont pas aussi délimités. Jeune, oui, il l'aurait passée au crible. Aujourd'hui,il connaît par coeur les travers du personnage mais il s'agit de sa mère, être intouchable. On va déballer ce que l'on a sur le coeur. Il ronchonnera "oui je sais" pour la forme mais il sera triste, c'est ainsi. L'attaque remue des strates trop profondes. Pire, elle le remet en question. Les belles-mères se comportant le plus souvent par paire, on prend aussi le risque d'un retour de volée. La sagesse consiste à admettre que ces individus ont leurs défauts et leurs qualités. Ne pas déclencher les hostilités, c'est une façon de se préserver.

Les scènes de ménage, c'est démesuré


Quels mots reviennent le plus souvent dans une avoinée musclée ? "Toujours". Exemple: "Tu es toujours de mauvais poil". "Jamais": "Tu ne fais jamais d'efforts". Mais aussi "c'est chaque fois pareil" ou "c'est une manie chez toi". Des abus de langage. S'il était à ce point invivable, on aurait déjà pris la tangente. Si c'était exact, ce serait navrant pour nous, en tout cas un aveu d'impuissance.

On a pas intérêt non plus à le traiter à froid de "louf", de "flambeur", de "râteau à filles". Des termes blessants, certes, mais qui manquent l'objectif : améliorer le bonhomme. Des mots plus bénins sont souvent plus efficaces. Avec l'avantage de ne pas rompre le dialogue.

Les scènes de ménage, c'est mal interprété


En matière de pugilat, rien n'est simple. On tient à être rigoureuse en balançant un pavé du genre "tu te laisses bouffer par ton patron", il comprend "je suis un petit garçon". Ou pire: "elle ne m'aime plus". Ce qui n'est pas vrai.

Bref, neuf fois sur dix, dans la dialectique de la vindicte, on se plante. Donc autant apprendre à se taire. Une obole à la paix des ménages. Et on s'en porte mieux. Les sourds-muets ne divorcent pas plus que les autres. Et Tabarly, dans un genre peu disert, formait avec son épouse un couple uni et exquis. A l'inverse, un Woody Allen qui n'arrête pas de déculotter sa conscience en a usé plus d'une.

A l'amorce d'une crise, on décide donc de respirer un grand coup. Sortir d'une voix plate "mon chéri, tu es comme ça, tu n'y peux rien, moi non plus". La nature humaine étant truffée de contradictions, perplexe mais nullement braqué, l'homme n'aura qu'un désir: prouver le contraire.

Les scènes de ménage, c'est un tue-couple


Le grand déballage n'a jamais rapproché deux êtres, au contraire. On se crible de vérités saignantes indélébiles. Le ciment amoureux est aussi fait de silences, de non-dits, de refoulements. Exposer le fond de sa pensée, c'est l'édifice fragile. Et on ne connait pas toujours la solution pour colmater les brèches.

Les scènes de ménage, c'est absurde


A t-on déjà vu un homme avouer sous les reproches: "OK, chérie, j'ai tort, je vais devenir un autre homme" ? Non. C'est idiot et vain de s'attaquer de front aux défaillances masculines. Sauf si, inconsciemment, on souhaite que tout explose. Regardez l'homme, en face, effondré, prétendant qu'on le démolit, soudain emmuré. Allez obtenir le meilleur de l'animal maintenant qu'il est plié en dix-huit au fond de sa coquille.

C'est dangereux aussi, on a déjà vu des placides disjoncter. Sombrer tout à coup dans l'exaltation meurtrière. Dans le meilleur des cas, elle vous expédie à l'armoire à pharmacie. Au pire, dans une chambre froide avec étiquette accrochée à l'orteil.

Les scènes de ménage, c'est notre faute


L'intérêt n'est pas de dire "Taisons-nous, il n'y a pas de problème" mais plutôt de se demander pourquoi on met toujours le doigt sur ce qui cloche. Il faut résister à la tentation "on déballe tout et on change tout" et plutôt répondre à cette question embarrassante: "Pourquoi j'ai aimé ces défauts et pourquoi je ne les supporte plus ?" Au début d'une relation, c'est la faille qui excite, pourquoi nous vrille-t-elle ensuite ? Passé le temps de la fusion, pourquoi je tiens à effacer les angles de cet homme, à ce que plus rien ne dépasse ? Pourquoi je veux en faire un petit homme au carré bien rangé comme mes placards ? Après on s'étonne que le désir n'y soit plus.

Si l'invivable égoïste, le mou, Don Juan, le ranger fou nous a comblée, c'est qu'on était programmée pour. La rencontre de deux êtres et leur fusion est une alchimie unique, tenter d'en sonder les fondements, si fous soient-ils, peut-nous apprendre à nous contrôler. L'analyse ne passe pas par une discussion à bâtons rompus. Ce n'est pas aussi simple que de se demander pourquoi le four ne fonctionne plus. Dans ce cas, un psy fera très bien l'affaire.

Mais sans aller jusqu'à s'étendre sur un divan, la "coup-de-pied-au-cul-thérapie" fait aussi des prouesses. Elle consiste à faire le point sur le positif de notre vie. La famille est en bonne santé, on a un boulot, un toit, un homme bien, des amis, un jardin dans un pays où on mange à l'excès et où on ne s'égorge pas entre voisins ? A l'échelle des drames planétaires, ça devrait nous combler de joie jusqu'au trépas. Prendre conscience de notre bonheur et de sa fragilité, ça aide à domestiquer nos rancoeurs de terrienne comblée. Et à se contenter d'un homme qui ferait le bonheur des copines.

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