Désir de vengeance : pourquoi ne passons-nous presque jamais à l'acte

juillet 18, 2016 0 commentaires

Désir de vengeance : pourquoi ne passons-nous presque jamais à l'acte


Dans la vie, il nous arrive d'avoir été déçu ou trahi par une personne. Ce sentiment vécu comme une perte, une frustration ou un outrage irréparable entraîne de la vengeance, une envie de détruire réellement ou symboliquement l'autre lorsque nous n'avons pas la capacité psychique pour l'affronter tel un deuil.

Bien souvent, nous ne joignons pas l'acte à la parole c'est à dire que nous ne nous vengeons pas. Ce sentiment de vengeance reste au stade du fantasme, heureusement...

Dans cet article qui traite plus de psychologie que de développement personnel, nous allons passer en revue les 5 étapes d'une vengeance fantasmée à la manière d'une autopsie afin de comprendre pourquoi nous ne passons pratiquement jamais à l'acte.

1/ Désir de vengeance : l'humiliation


Sophie entre dans la salle de réunion. Elle est de bonne humeur et salue d'un grand sourire ses collègues, avec une attention toute particulière pour Pierre qui lui plaît. Elle doit présenter son projet, le fruit de deux mois de travail.

Elle prend la parole, se lance dans son discours avec aisance. Micheline, sa chef de service, lui lance avec exaspération : "Je pensais que vous étiez plus avancée que ça dans vos recherches. Vous feriez mieux de penser d'abord à votre boulot au lieu de prendre des pauses ridicules".

Tous les regards sont tournés vers Sophie. Sa bonne humeur et sa confiance en elle s'effondrent aussitôt. Le sourire narquois de Pierre et sa complicité moqueuse avec sa voisine ne lui ont pas échappé. Elle a l'impression de se liquéfier, Micheline lui a coupé les jambes.

A l'occasion de cette réunion, Sophie s'était préparée à intéresser Pierre sur lequel elle projetait son désir amoureux. Peut-être s'était-elle même inventé un scénario. La phrase de Micheline (sans doute dans la rivalité) a ravivé une faille narcissique mal cicatrisée, une situation infantile mal élaborée, par laquelle s'est écoulée une vraie hémorragie de l'estime de soi. Ce qui l'a laissée exsangue, les jambes coupées.

Mais une personne moins fragile n'aurait pas été traumatisée et aurait pu dire à son agresseur, une fois le choc passé, ce que cette scène avait de déplacé et d'inacceptable.

2/ Désir de vengeance : la rumination


Depuis, 3 jours ont passé et Sophie reste obnubilée malgré elle par cette scène. Elle revit sans cesse son humiliation et se trouve, en effet, très ordinaire et en a d'autant plus honte qu'elle était dans une entreprise de séduction.

Pierre l'a t-il lui aussi trouvée grotesque dans son évident numéro ? Elle se couche et se réveille en pensant à la scène, envahie par son souvenir. L'entreprise lui fait horreur, devenue un lieu hostile dans sa globalité. Elle voudrait tout plaquer. Avec ses collègues, elle reste sur un registre purement professionnel: plus de plaisanteries, de déjeuners...

Elle les fuit, surtout Pierre. L'idée de croiser son regard la plonge dans un sentiment d'humiliation et d'infériorité. Avec Micheline, elle est ombrageuse. Dans sa tête, cette dernière est devenue une ennemie mortelle. La haine qu'elle lui voue devient obsédante. Elle se jure qu'elle la fera payer. Tôt ou tard, elle trouvera bien le moyen de se venger.

L'attitude de Micheline a provoqué chez Sophie un choc émotionnel violent. Tout d'abord, elle l'a humiliée en déniant son potentiel de séduction physique. Cela a réveillé chez Sophie une blessure ancienne, par exemple, un conflit oedipien mal vécu.

Ensuite, Micheline, en prétendant lire dans l'intimité de Sophie (domaine privé par excellence), commet une intrusion d'autant plus inacceptable qu'elle la donne en pâture aux autres.

Sophie, blessée, présente tous les troubles psycho-traumatiques habituels, comme si la scène s'était gravée dans son cerveau et repassait constamment. Ce sont les mêmes images qui défilent dès qu'elle est confrontée à une situation ou à un acteur de la scène traumatique.

Les idées de vengeance qu'elle rumine sont un mécanisme dit de "surcompensation" destiné à restaurer son estime de soi.

3/ Désir de vengeance : l'accalmie


Lors de la remise de son rapport, Sophie est complimentée sur son travail par Micheline qui ne se doute pas de la tempête qu'elle a déclenchée dans la vie de Sophie. Personne dans l'entreprise n'a jamais évoqué l'incident, ni changé de comportement à son égard.

Sophie finit par se raisonner, ce qui atténue la souffrance que lui procure l'obsession de la vengeance. Elle relativise l'incident et s'efforce de ne plus y penser. Pourtant, lorsque le nom de Micheline est prononcé, elle voudrait qu'elle soit critiquée.

De plus, elle s'en veut de s'être laissé humilier sans riposter. Quand elle se rejoue la scène, c'est elle qui tient la vedette et fait montre d'une répartie cinglante !

Face à la réalité (attitude inchangée des collègues, reprise normale des relations avec Micheline), Sophie dédramatise. Souvent les personnes dites "sensitives" (susceptibles, se sentant mal aimées, incapables d'élaborer leurs sentiments et se sentant menacées), construisent sur des bases fausses des scénarios logiques.

Elles peuvent avoir des idées quasi délirantes de persécution qui, en fait, expriment leurs affects dépressifs. Mais ce sont ces derniers qui les mettent, en principe, à l'abri d'un passage à l'acte violent, car la dépression inhibe l'action.

4/ Désir de vengeance : la reviviscence


Alors qu'elle s'interdisait de penser à Pierre, Sophie est soudain submergée par son image. Puis elle se remémore l'instant où son projet amoureux a (selon elle) été anéanti par la méchanceté gratuite et la volonté de puissance de cette garce de Micheline.

Elle ressent des poussées de violence, rêve de voir son ennemie écrasée sous un bus, giflée par un passant ou virée par le patron devant tout le monde. Un sentiment simultané de jouissance et d'impuissance la torture. Elle replonge par à-coups dans la haine, s'épuise en construction de scénarios cruels et libérateurs.

Mais devant Micheline, Sophie réprime ses mauvaises pensées ...

Les phénomènes de reviviscence sont typiques du tableau psychotraumatique. La plupart des gens les évitent alors qu'ils devraient plutôt se les repasser pour s'habituer à l'horreur de la situation vécue et finir par la considérer comme un scénario caduque.

Ces idées de vengeance de plus en plus violentes sont un indicateur supplémentaire de la gravité de l'effondrement narcissique de Sophie. Mais Sophie n'est pas pour autant psychotique et ne présente que des troubles mineurs de la personnalité déclenchés par le télescopage d'événements traumatiques anciens avec la situation présente. Seule une psychothérapie pourrait lui permettre de dépasser cette scène.

5/ Désir de vengeance : la vengeance


Elle n'aura pas lieu. Sophie préfère s'en remettre "à la providence" qui règlera son compte à Micheline sans qu'elle se salisse les mains. La roue tournera forcément et cette femme finira par bien par payer.

Un jour ou l'autre, Micheline croisera sur sa route une personne qui lui fera subir la même humiliation. Sophie n'oubliera jamais cette histoire, elle demeure, par à-coups, un souvenir extrêmement pénible et vivace.

Cette histoire ressemble à une scène de rivalité oedipienne : sa mère a dû faire barrage entre Sophie et son père. Mais Sophie a intégré les interdits dont découle une censure psychique efficace qui la met à l'abri d'un passage à l'acte. Car le surmoi est l'héritier du complexe d'Oedipe : en intégrant le fait que son désir n'est pas tout-puissant, on accepte ses limites et on peut grandir plus librement.

Désir de vengeance : qui passe à l'acte et pourquoi ?


La plupart des gens inhibent leur désir de toute-puissance, condition à une vie sociale supportable. Ceux qui passent à l'acte n'ont, par contre, pas de surmoi garant d'une censure psychique solide. Les paranoïaques peuvent développer des idées de vengeance très structurées et inébranlables. Rien ne les retient pour les réaliser, car ils sont dans des mécanismes de projection : la faute vient toujours de l'extérieur.

Il peut s'agir de délires de jalousie où la personne a l'illusion d'être trahie dans une histoire d'amour qu'elle a fantasmée (érotomanie). Peuvent aussi passer à l'acte les pervers car ils dénient les limites et les lois.

Comment se libérer de l'envie de se venger sans passer à l'acte ?


Pour une personne qui fonctionne a priori normalement mais présente des troubles psychotraumatiques, des thérapies comportementales lui donneront l'énergie psychique suffisante pour dépasser sa souffrance. En revanche quand une situation réactive un conflit ancien et inconscient, le désir de vengeance exprimera son impuissance à le résoudre et la mise en scène de ses symptômes.

Il lui faudra donc dépasser ce conflit à l'aide d'une thérapie plus élaborée pour qu'elle ne se retrouve pas confrontée à des situations similaires (très banales et courantes) qui ravivent ces blessures.

Lorsque quelqu'un vous fait souffrir "objectivement", comment passer le cap de la vengeance ?


Si tant est qu'elle le remplisse, le rôle de la justice est fondamental. Elle représente le tiers symbolique permettant de sortir de la relation duelle pour une situation triangulaire où la parole va enfin circuler. C'est vrai en particulier dans le pénal où les procès se font oralement.

Le passage à l'acte, c'est toujours l'échec de la parole.

Se venger de quelqu'un qui vous a humilié ou vous a fait souffrir, on s'est tous jurés de le faire. Mais Dieu merci, le plus souvent, on ne le fait pas. Ce serait la porte ouverte à tous les débordements.

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